Quand les enseignants se ferment les yeux sur l’intimidation


Vous avez sûrement entendu parler de la marche contre l’intimidation qu’un jeune ado de Sorel a organisé aujourd’hui, c’était gros quand même. Quand je pense à ça, j’me dis que moi, quand j’avais 14-16 ans, JAMAIS je n’aurais pu faire ça, on n’était pas à la bonne époque pour ça. Ça aurait même été PIRE. Aujourd’hui, y’a le web qui permet de « s’auto-vedettariser » en claquant des doigts, si le sujet est rassembleur. Quand j’avais son âge, le plus loin que le web nous menait c’était dans une conversation privée sur Caramail ou Mirc et que le « A/S/V? » et « t’as une pic? » étaient notre seule et principale source de stalking.

Quand les enseignants embarquent…

Tel que mentionné dans un récent billet, au secondaire, je faisais partie des jeunes cons qui intimidaient. Ce que je n’ai pas expliqué encore, c’est la raison pour laquelle j’ai cessé l’intimidation. Les jeunes peuvent être très méchants, puisqu’insouciants, mais les profs peuvent constituer un bien plus grand danger. J’explique pourquoi.

Dans ma tête, le système hiérarchique dans une école secondaire était bien clair. Baver quelqu’un, ça se pouvait et c’était banal, tant que ce système fonctionnait. Chaque adulte responsable avait son degré de tolérance selon son niveau hiérarchique dans l’école. Je savais donc qu’en intimidant quelqu’un, je serais puni. Je connaissais les limites à ne pas franchir, parce qu’on me les indiquait rapidement. Selon moi, à ce jeune âge, je m’en prenais à des gens protégés par ce fameux système. J’étais prêt à en payer le prix, parce que c’était drôle, l’intimidation.

Un jour, ce système s’est mis à mal fonctionner. Il jouait en ma faveur, moi, le gars qui intimide. Et c’est là que je pointe du doigt les professeurs. Plus spécifiquement, les jeunes enseignantes dans la vingtaine qui se savaient de potentielles cibles et qui devaient passer une année complète avec de jeunes cons qui n’allaient pas les épargner au premier faux pas. Ces jeunes profs qui voulaient s’assurer une belle année riaient de mes blagues. Elles approuvaient que je m’en prenne à des petits gros sans défense. Et quand ces derniers osaient répliquer d’une façon plutôt violente, après tant d’harcèlement, c’est eux qui mangeaient la marde. Pas moi. Je n’étais pas d’accord, c’était devenu trop facile.

Comment, toi, crisse d’idiote, tu n’as pas pu voir que la réaction du jeune était COMPLÈTEMENT normale? Il a explosé parce que je suis allé trop loin, je l’ai poussé à bout. C’est MOI que tu devais punir.

Quand quelqu’un t’insulte devant toute une classe et qu’en plus c’est drôle, tu t’attends à entendre le rire de tout le monde, sauf celui du prof. Mais dès que t’entends « Hahaha, ok là, ça suffit, c’est pus drôle », tu sais que tu n’es plus à l’abri de rien, le système n’existe plus. Quand les jeunes enseignantes sont devenues trop proches des jeunes crisses, je pense que leur place n’est pas dans une école secondaire. Les jeunes ne sont pas cons, tout le monde sait que « Hahaha, ok là, ça suffit, c’est pus drôle », ça veut surtout dire: « Scuse moi, j’trouve ça vraiment drôle tes insultes envers le petit gros, c’est tellement vrai en plus qu’il ressemble au cochon dans les Looney Tunes, mais je dois mettre mes culottes et te demander d’arrêter parce que j’risque de perdre ma job sinon. »

La plupart des « prédateurs » étaient à l’aise avec le fait d’avoir les enseignantes de leur coté. Moi j’ai tout arrêté. À partir de ce moment, j’ai commencé à défendre les victimes. Si aujourd’hui je pouvais avoir une conversation avec mes ex-enseignantes, je leur dirais tellement à quel point je les trouvais et les trouve toujours autant pathétiques d’avoir agi comme ça, il y a 10 ans. Je n’ai aucune idée de comment ça se passe dans les écoles secondaires aujourd’hui, mais il y a fort probablement encore des professeurs qui s’allient avec des intimidateurs pour protéger leur fucking cul.

Bonne chance à ce jeune homme qui a entrepris cette marche.

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5 réponses à “Quand les enseignants se ferment les yeux sur l’intimidation

  1. …Disons que je suis ambivalente en lisant ton texte. Si je suis ton raisonnement, les profs auraient dû te dire d’arrêter tes agissements? C’est quoi ton problème? Tu étais trop stupide pour réaliser par toi-même que ta façon d’agir était tout à fait inacceptable? Tu veux essayer d’attiser la pitié?

    Désolée, mais en tant qu’ancienne victime d’intimidation, je ne comprendrai jamais pourquoi les bourreaux comme toi se justifient en disant  »oh, le prof aurait dû m’arrêter ». Pour être honnête, ton texte m’a vraiment mise en colère! As-tu la moindre idée des impacts de tes remarques sur ces gens innocents? Moi, je vais te le dire: anéantissement de l’estime de soi, plus aucun amour-propre, le goût de ne plus du tout socialiser, développement de symptômes dépressifs, anxieux, tentatives de suicide… Moins drôle, tout à coup?

    Et ne va pas croire que parce que le jeune  »s’en remettra »! Je suis certaine que plusieurs de tes victimes subissent encore les effets négatifs de TES remarques, lancées  »innocemment »…

    Des gens comme toi me dégoûtent totalement, je ne sais pas si tu vas publier mon commentaire, mais AU NOM DE TOUS CEUX ET CELLES QUI ONT REÇU DES INSULTES BLESSANTES et qui en subissent toujours les effets aujourd’hui… JE L’ÉCRIS! Et je m’indigne!

    Si tous les jeunes cons comme toi avaient conscience que des années de thérapie ne guériront jamais complètement les effets pervers de l’intimidation, peut-être qu’ils y réfléchiraient à deux fois avant d’ouvrir leur gueule!

    Ah, pis après Monsieur s’est improvisé Robin des Bois des intimidés! Trouvez l’erreur! Pourquoi n’as-tu simplement JAMAIS COMMENCÉ?

    En tout cas, tiens-t’en à tes réflexions d’hipster, pis vante-toi pas de tes  »erreurs de jeunesse », à l’avenir…

  2. Si tu avais bien lu comme il faut, tu aurais vu que j’ai moi aussi été victime d’intimidation, j’en parle souvent même. Je t’invite à lire ce billet: http://lolcommetuveux.com/2011/04/respecte-le-code-comme-dexter/

    J’veux dire, tu penses que tous les trucs de manque d’estime, de dépressions et suicide ne sont jamais venus à moi? Tu crois VRAIMENT qu’en m’écrivant ça, tu viens de me faire réaliser quelque chose? Tu penses que je n’ai aucune séquelle aujourd’hui? Ce que je faisais subir, je le subissais en parallèle.

    Écoute, aujourd’hui j’ai 26 ans et j’ai fait ça de 14 à 16 ans. J’ai passé plus d’années à subir qu’à faire subir. Et y’a des choses qu’on fait à un aussi jeune âge qui ne s’expliquent même pas. J’ai beau essayer de comprendre ce qui s’est passé, ça ‘a toujours été un mystère pour moi. L’année de mes 17 ans, j’ai essayé de comprendre ce qui m’avait poussé à agir comme je l’ai fait l’année précédente et je ne pouvais même pas y mettre de réponse, comme si je venais de sortir d’un coma de deux ans, je ne me reconnaissais pas dans cette personne.

    En passant, si tu avais pris le soin de tenter de comprendre mon point au lieu de paniquer, tu aurais plutôt compris que je trouvais ça ridicule que les profs se rangent du coté des baveux pour protéger leur cul, POINT, ni plus ni moins. Je ne les rends pas responsables de ne pas m’avoir arrêté, comme tu le prétends, ça c’était MON problème et je l’ai réglé par moi-même. Je les accuse d’avoir PARTICIPÉ. C’est pire.

    Je ne vois pas où tu vois de la vantardise, mais moi je vois ça comme un exercice dans lequel je suis la proie et le prédateur, les deux cotés de la médaille dans la même personne. Toi, tu comprends seulement les victimes, mais t’es tu déjà donnée la peine de comprendre les intimidateurs? Et là je ne te parle pas de les prendre en pitié (avant que tu le dises), juste de comprendre ce qui les a poussés à faire ça. L’as-tu déjà fait? Probablement pas, parce que visiblement, tu es trop occupée à vouloir la mort de tous ceux qui ont osé lancer des insultes en l’air, plus jeunes.

    Certaines victimes m’ont confronté, quelques années plus tard, comme elles ont confronté d’autres bullies. Ça leur a fait tellement de bien, et moi de même.

    La triste réalité là dedans, c’est que ceux qui agissent/ont agi comme ça, c’est totalement hors de leur contrôle. Y’a personne qui se lève le matin en se disant: « Ça serait vraiment cool de faire chier les plus faibles. » Y’en a pour qui c’est automatique comme baver son petit frère ou sa petite soeur. C’est pas en disant « Arrête! » qu’ils vont arrêter. Je ne connais malheureusement pas la solution à tout ça.

  3. j’ai pas pour habitude de commenter mais je me lance.

    Au lycée je m’en suis pris plein la gueule aussi pour ma part. J’ai jamais inversé les rôles, même si c’était pas l’envie qui m’en manquait, pour tout ce que j’avais subi.

    A l’époque, c’était vraiment dur pour moi : entre des surnoms ridicules, des fausses rumeurs sur ma possible homosexualité, sur une éventuelle grossesse, sur mes capacités en magie noire (mais quels cons, sérieux…) et toutes ces choses qui auraient pu me pousser à l’irréparable, j’étais pas rendue.

    Cette participation des profs, je la connais bien pour l’avoir vécue (en France aussi, tu vois).

    Avec le recul, je me rends compte de certaines choses. Ça fédère d’avoir un bouc émissaire. Un ennemi commun à combattre, une tête de turc à qui jeter des pierres, comme un passe-temps funky et intergénérationnel. Les profs sont pas immunisés contre ça. Ils cherchent toujours à créer un lien avec leurs élèves ; certains tombent dans la facilité, et rejoignent les foules dans leur chasse aux sorcières ; c’est tellement fédérateur, tu vois, de regarder en chœur brûler un innocent et de se réchauffer près de ce feu-là.

    Je regrette pas d’avoir seulement aujourd’hui la force morale pour combattre et digérer ce genre de conneries. Ça n’aurait engendré que plus de violence, et je suis pas sûre que j’en aurais tiré plus de bénéfice. Car ces années à chialer, ça m’a menée à me créer une putain de carapace, une armure blindée contre le qu’en dira-t-on, contre les commentaires putrides de petits cons pas sûrs d’eux.

    Aujourd’hui je regarde en arrière et je me dis : étais-je la plus à plaindre ? Ne doit-on pas être sacrément mal dans sa peau pour concentrer toute la haine qu’on a envers soi-même, ses congénères, et la diriger vers une « innocente victime » ?

    Aujourd’hui, quand je recroise ces mecs, ou ces nanas, que je vois ce que je suis devenue, et ce qu’ils sont devenus, eux et leurs complexes refoulés, et leurs tentatives ridicules pour essayer de me pécho, maintenant qu’ils me trouvent à leur goût, je me demande vraiment si la personne qui en a tiré le plus de bénéfice ce n’est pas moi.

    Eux, trop occupés à développer le paraître, à sauver les apparences, en ont oublié l’essentiel : développer une véritable personnalité, de celles qui te permettent justement de lutter contre l’intimidation, les moqueries et brimades.

    L’école, à n’importe quel moment de la vie, c’est une putain de jungle. C’est là que t’apprends à survivre aux autres. C’est jamais tout rose. Bien sûr qu’il y aura toujours un connard ou une pouffiasse pour te mettre mal. C’est à toi de trouver la force de survivre à ça.

    Moi je les blâme pas de m’avoir fait subir tout ça. Je ne les en remercie pas non plus. Je les plains juste de pas avoir eu la force morale de pas tomber dans cette facilité.

  4. Newt, ca exprime très bien mon opinion. J’ai vraiment l’impression que même si j’ai encore un pincement quand je pense à ce que j’ai vécu pendant des années, ça m’a rendu plus forte et meilleure que mes « bourreaux ».

    Par rapport au post original, je me souviens aussi d’un prof qui m’avait vraiment humilié en secondaire 3…

    Tsé, pour faire un exemple qui commence par « par exemple, si lui et elle sorte ensemble… » C’est une super bonne idée de prendre la petite grosse gênée qui se fait humilier quotidiennement et un douchebag populaire! Évidemment, toute la classe part à rire et le « Euh non, yark » retentissant de Mr. fait bien rire le prof aussi! Ha ha ha c’est très drôle parce qu’est laide tsé!! Imaginer… le gars pour se prouver à redoubler de méchanceté pendant un bout devant ses amis!

    Anyway, c’est du passé et jamais je vais pardonner vraiment à ceux qui m’ont humilier pendant plusieurs années… les jokes de colons une fois de temps en temps, on s’en fou, mais ceux qui continuait tout les jours, chaque jour… y a même quelqu’un qui m’insultait sans public? Pourquoi? Le trip de pouvoir peut-être?

    Je pense que la campagne ‘it get better’ aux US est un bon pas… on ne vise pas les « bourreaux » mais plutôt on donne de l’espoir aux victimes… j’aimerais avoir compris ça au secondaire, j’aurais surement été beaucoup moins malheureuse!

  5. Quoique un peu en retard dans mon commentaire, j’aimerais mentionner qu’étant enseignant moi-même dans une école secondaire, le comportement des enseignants mentionnés ci-haut est totalement particulier. Il s’agit vraisemblablement d’un cas isolé.

    L’attitude dérisoire que tu soulèves est contre les règles d’une tâche enseignante. C’est comme un policier qui fait affaire avec la pègre; ça existe, mais c’est isolé comme situation.

    Ce genre d’enseignant est immoral et n’a pas sa place. Quand on a la vocation, on a à coeur le développement intellectuel et social de nos élèves, pas la dérision et l’humiliation publique en échange d’un peu de reconnaissance des jocks dans une polyvalente.

    Excellent blog, soit dit en passant.

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