Juliette l’anonyme


Je me plais quand même à lire des choses intéressantes dans le journal Métro et j’ai toujours un petit pincement de savoir que le gentil bonhomme de la station Bonaventure qui me le donnait se retrouve maintenant au gros froid sale, à l’extérieur de celle-ci, depuis que Québécor a conclu une entente d’exclusivité avec la STM pour distribuer son quotidien gratuit 24h.

Parmi les chroniqueurs, il y en a une qui est anonyme. Une célibataire. Quand j’entends célibataire anonyme, je pense tout de suite à une fille au contenu semblable à celui de Mélodie Nelson, mais qui contrairement à elle, ne s’assume pas et refuse de laisser entrer sa mère et ses amis dans son jardin top secret.

Si Mélodie avait été anonyme, j’aurais compris. Que moi je l’aie été pour mon personnage du Détesteur, c’est très défendable. Mais une célibataire qui raconte des choses extra banales sur sa vie, je n’y comprends rien. Elle a choisi comme nom, Juliette. Pas « Juliette D. » ou « Juliette Valentine », juste Juliette, celle de Roméo là.

L’anonymat pour faire voyager dans l’imaginaire, c’est parfait, surtout si tu ne veux pas que tous les gars se branlent en regardant ta photo. Un personnage inventé de toutes pièces, ça peut faire rêver s’il est bien construit. Mais elle, rien de ça. Derrière Juliette, peut-être se cache une excellente romancière qui écrit des trucs légers pour un peu d’argent, c’est possible, mais chose certaine, on n’emprunte pas l’anonymat pour partager aux travailleurs et étudiants de Montréal notre enthousiasme pour la probable histoire d’amour post « ciné-pop corn » entre son amie Kim et sa nouvelle date.

Sa chronique d’hier était particulièrement ordinaire. Elle parlait « des filles comme ça », tsé les filles pour qui c’est impossible de rester célibataire? On en a fait l’analyse au moins 46 000 fois, même les niaiseuses sur mon Facebook qui « passent une belle soirer » au lieu de « soirée » en sont venues à la même réflexion au travers d’une phrase semi-métaphorique (de marde) qu’il faut copier-coller dans son statut si nous aussi on est tanné de toujours entendre les mêmes filles instables se plaindre de leur beau policier crosseur qu’elles ont rencontré dans un club. Si c’est l’évidence pour elles, ce l’est pour pas mal tout le monde. Ça sert à quoi d’écrire l’évidence, quand elle l’est trop et qu’on n’y apporte rien de plus? Je suis d’avis que quand on écrit, on doit aussi lire beaucoup, s’informer de ce que les gens ont déjà dit, de quelles façons ils ont abordé le sujet et depuis quand. Il faut même prendre conscience des plus récents courants de réflexions d’idiotes sur Facebook de façon à ne pas publier un texte semblable.

Pour utiliser l’anonymat, on DOIT apporter une solide valeur ajoutée ou un risque, sinon ça ne vaut rien. Dans son cas, le seul risque possible serait qu’on puisse lui dire: « Ouin mais check ta face, c’est normal que tu sois célibataire ».

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Une réponse à “Juliette l’anonyme

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