Man, j’ai un peu honte


Ça fait longtemps que je voulais le dire, mais là j’le fais. J’ai honte. Si vous ne le saviez pas, je suis aussi co-propriétaire de deux sites web hip-hop, dont un qui est une référence depuis 2002. L’autre c’est un réseau social. Donc, je vois toutes sortes de gens, toutes sortes de rappeurs, du plus vrai au plus stéréotypé. Je suis arrivé en retard et par hasard dans cette culture et je ne prétendrai pas savoir ce qu’elle doit être, ni tenter de la changer à mon image. Plusieurs gens réussissent à mieux vivre à travers elle et je pense que tout individu qui y entre se doit de respecter au moins ça, c’est-à-dire, les fils de riche qui profitent des failles médiatiques ne devraient en AUCUN CAS mépriser les plus défavorisés et moins cultivés qu’eux.

MAIS, il y a tout de même une ligne entre les gens moins cultivés et ceux qui ne se forcent pas du tout pour l’être. Et c’est là que la honte entre en compte. Je ne sais pas si c’est parce que j’en vois beaucoup trop étant dans cette culture ou si c’est vraiment l’image projetée, à vous de me dire comment vous le voyez de l’extérieur, mais moi je vois beaucoup trop de gens qui n’ont rien à voir avec une culture intelligente en constante évolution, j’ai honte.

Je parle ici de gens qui:

– Écrivent comme des attardés et ne prennent aucune mesure pour s’améliorer, qui sont confortables dans leur quasi-analphabétisme et qui ne voient aucune importance dans le fait de ne pas écrire comme des imbéciles.

– Font du rap sans aucune crisse de raison, sont extrêmement mauvais, n’ont rien à dire et en font la promotion abusivement. Dans un groupe rock, le standard minimum est déjà un peu plus élevé parce que chaque membre est dépendant d’un autre et s’il est poche, il se fait mettre dehors tôt ou tard. Un rappeur ne peut pas s’auto-crisser dehors, il continue d’être poche en pensant évidemment le contraire.

– S’habillent en « yo » avec excès, adoptent le style « je-suis-une-fucking-parodie-et-je-ne-m’en-rends-même-pas-compte ». Ça n’a même pas le mérite d’être beau, ni même de « matcher ». Rien à voir avec le style hip-hop. Juste, des tout-croches qui portent du XXXL de manière à avoir l’air de beaux crisse de caves.

– Imitent et glorifient un mode de vie qui n’est pas le leur, aimeraient faire partie d’une gang de rue même si la plus proche se situe à 6 heures de route.

– Abusent du street slang et l’utilisent de la mauvaise façon. Genre, les petits blancs en régions éloignées qui tentent d’incorporer du créole à leur langage. « Yo miSs, T tRo pOuChoNne BeLlA, TrO eN fOrMe lA FaMnmZ, DoGgZ »

Ces personnes qui au lieu de se servir de la culture hip-hop pour s’enrichir, évoluer, s’améliorer dans la vie, choisissent d’en faire une paresse, un confort, une gloire. Pour eux, le hip-hop semble plutôt une excuse pour avoir un mode de vie pitoyable, alors qu’il devrait être un outil pour les aider à s’en sortir. Je pourrais faire le lien avec les quartiers défavorisés de Montréal, mais ça serait trop facile et c’est bien au-delà de ça. Le phénomène est un peu partout au Québec. Des jeunes qui se félicitent et s’encouragent à cultiver la médiocrité. Des jeunes blancs qui se sont un peu trop sentis interpelés par Lil Jon.  C’est de ça que j’ai honte, parce que depuis 50Cent, il s’est passé quelque chose qui a fait en sorte que la culture hip-hop s’est mal fait comprendre, comme si elle avait envoyé un communiqué de presse rempli de fautes invitant les jeunes aux troubles multiples à se réfugier dans celle-ci dans le seul et unique but d’être ce qu’ils sont et de ne jamais avoir rien à faire pour y remédier, à part s’enfoncer. Son « branding » a « fucking » mal. Après, les artisans iront défendre la culture en demandant au monde d’arrêter de généraliser. Oui, mais c’est presque comme ça en général, tsé.

J’ai aussi honte de la musique qui souvent ne veut rien dire et n’a rien de musical. Aucun message à faire passer et rien d’harmonieux. Honte des tentatives d’imitations de Lil Wayne avec un budget de 250$. J’ai honte de ceux qui envoient des communiqués de presse avec au moins minimum 50 fautes dans la première phrase, honte de ceux qui envoient imprimer la pochette de leur album avec des fautes dans le titre, honte de ceux qui préfèrent utiliser « paint » plutôt que d’avoir à payer pour un infographiste, honte de ceux qui passent leurs journées à faire du SPAM agressif sur les médias sociaux et surtout honte de ceux qui endossent tout ça. J’ai « fucking » honte de ce manque de professionnalisme qui est omniprésent.

En bout de ligne, que ce soit des gens de milieux et/ou modes de vie différents, ça n’a pas d’importance. Quand on pense à des gars comme Koriass, Jeune Chilly Chill, Le Connaisseur ou Manu Militari, on reconnaît qu’ils ont tous en commun le souci de bien paraitre, bien s’exprimer et bien faire les choses, il n’y a donc aucune excuse pour s’adonner à la médiocrité et s’y plaire.

Plusieurs artisans et artistes ont pris du recul ou ont complètement quitté depuis le temps et je serais curieux de savoir comment ils voient tout ça aujourd’hui. Je pense à 33mag, ex-33mtl qui couvre maintenant la scène d’un peu plus loin, PelleP, ex-animateur de l’émission La Référence sur Radio Centre-Ville, Tom de La vidéothèque, anciennement animateur de l’émission « Les 4 éléments » à CISM ou les gars du défunt Payz Play.

J’ai honte.

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22 réponses à “Man, j’ai un peu honte

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  2. Oh à quel point j’adhère à ton opinion. Amen à ça.

    Avant, j’étais prof de danse; hiphop/dancehall entre autres. Une fois, y’a un espèce de wannabe rapper de la Rive-Sud de Québec qui m’a demandé si on pouvait danser dans son « vidéoclip » (guillemets importants ici). Je lui ai demandé ce qu’il voulait comme chorégraphie au juste, et il m’a répondu « ben, pas de chorégraphie, on veut juste des fanms blacks qui se shakent le ass dans le video pour aucune raison, que ça soit GANGSTA, ya know ».

    Euhm, non, I don’t know. Pis le gars avait tellement rien de gangsta; c’est clair que c’est sa mère qui faisait son lavage.

    Anyway. Tsé, c’est comme dans n’importe quel domaine, y’a toujours des âmes perdues qui ont des petits écarts de conduite. :-/

  3. Dans un de mes prochains textes, j’ai commencé aussi hier une partie qui parle de la mauvaise image du hip-hop en faisant en sorte que mon personnage prend tout au premier premier degré. (quoi qu’il n’y a pas que du faux. Et ce n’est que mon premier jet):

    J’imagine un rapper en train de brainstormer sur les tounes qui va son disque « Yô man, okay check ça, pour la track 1, je vais parler de à quel point je suis hot. Pour la track 2, je veux parler de à quel point chu hot pis pour la track 3, euh man, je sais pas trop, j’hésite entre parler de à quel point je suis hot, ou de parler de à quel point mon crew y’é hot »

    […Bout sur un chanteur country qui utilise le procédé. Bout sur la criminalité… ]

    En fait, ça c’est surtout pour le hip hop américain, nous au Québec, on entend souvent qu’on est né pour un petit pain, et même dans le rap québecois, ça parait. Toutes les tounes, au lieu de se vanter qu’on est hot, c’est: « Man, la vie c’est dur, y’a toujours des chum qui te backstab. Tu peux jamais rien devenir rien de bon tellement la c’est de la marde! »

  4. @TheGuyWhisperer, c’est pathétique, y’en a trop de gens comme ça en plus.

    @Pierre-Luc, Hahaha ouais, j’ai fait remarquer la même chose à ma blonde concernant le manque de colonne des Québécois. Justin Bieber va bientôt embrasser des top modèles, pendant qu’au Québec, Jacob va continuer à s’faire bousculer par « des grands » dans ses propres clips.

    Une autre phrase que j’ai souvent entendue dans les intros de rap québécois, c’est: « Au début personne croyait en moi, vous pensiez que j’allais échouer pis regardez maintenant où j’suis rendu! » Man, t’es « fucking » rendu nul part.

    Y’a aussi le classique du gars qui se concentre sur ceux qui n’aiment pas sa musique: « Yo t’es un hater, t’es trop jaloux, t’aimerais tellement ça avoir mon talent »

  5. Cet article arrive vraiment à point! Comme 45,000 autres personnes, j’ai visionné sur YouTube le clip « Tu sors avec un player ». Oh boy! Je ne suis pas une fan de hip hop ni de rap. Je suis juste une fille qui aime la musique et qui s’intéresse au phénomènes sociaux et au style de vie qui s’y rattachent. Je dois dire que j’ai été dégouttée par la pauvreté du clip, des paroles, de la musique et surtout de l’abus d’autotune. C’est vraiment n’importe quoi. Est-ce que c’est rendu ça le hip hop?

    Il y a du monde poche dans tout, on s’entend, mais on dirait que la concentration d’artistes poches dans le milieu hip hop est beaucoup trop élevée. On dirait que les jeunes veulent avoir le beat de vie de 50 cents sans y mettre les efforts. Ils croient vraiment qu’ils vont être considéré comment des auteurs en faisant rimer « chiller » et « fumer »?? Et que faire un clip dans le jaccuzi de leurs parents à Boucherville avec quelques pitounes underage leur apportera la gloire?

    Je trouve ça triste parce que je suis convaincue qu’il y a beaucoup de jeunes artistes qui ont beaucoup de talent, mais qui sont incapables de percer tout simplement parce que le marché est saturé par des gars de Boucherville qui sortent de la crap comme « Tu sors avec un player ».

  6. @Marilou, j’avais vu ce clip là sur mon forum deux semaines avant le « hype » et je n’ai pas pensé une seconde qu’il aurait pu devenir la risée du web tellement que j’suis habitué d’en voir des comme ça, c’est un parmi une tonne d’autres dans le genre.

    Mettons que le domaine du rap n’excelle pas vraiment dans la remise en question, dès qu’une personne commence à faire du rap, il y a un très faible pourcentage de chances qu’il finisse par accrocher son micro avant ses 28 ans, et ça c’est malgré le fait qu’il soit désagréablement poche. Chaque personne qui commence à faire du rap a un fanbase dès le départ et c’est malheureusement ça qui la motive à continuer. Fanbase constitué des amis, connaissances et jeunes filles impressionnables qui sont donc contentes de parler à un « rappeur ». Chacun d’eux peut se permettre d’ignorer les mauvais commentaires sur sa musique pour mieux se concentrer sur sa petite bulle de personnes qui l’admirent. C’est ce qui fait en sorte qu’il y a clairement plus de mauvaise musique diffusée versus le nombre d’artistes que dans n’importe quel autre genre musical. Mais, même les rappeurs qui ont de l’allure n’ont souvent pas grand chose à raconter. Je trouve difficilement quelque chose qui me convient dans le rap québécois.

    Concernant le marché saturé, j’te dirais que ceux qui gagnent à être connus le sont déjà, du moins dans la scène hip-hop. Mais sinon, les labels reconnus comme HLM ou 7ème Ciel font bien leur job pour que leurs artistes se retrouvent un peu partout lors de la sortie d’un album. Mais c’est vrai que les gens ont l’air beaucoup moins attentifs à ce qui se fait dans le rap québécois, justement à cause qu’il est saturé de crap. Je m’y intéresse par obligation et je suis découragé au moins à tous les 2 jours par ce que je vois/entends.

  7. Pingback: Anonyme

  8. Garcon merveille

    « Une autre phrase que j’ai souvent entendue dans les intros de rap québécois, c’est: « Au début personne croyait en moi, vous pensiez que j’allais échouer pis regardez maintenant où j’suis rendu! » Man, t’es « fucking » rendu nul part. »

    -Coopaloop

    Hahahaha, hilarious!

  9. Détesteur est back, salut Murphy Cooper, ça fait plaisir de faire connaissance.

    Faut seulement aller plus loin que le fait d’avoir honte. Moi j’ai pas honte du Hip-Hop québécois. J’ai honte de la société dans laquelle cette façon de faire prend racine. Honte de ceux qui décrient ce phénomène sans jamais y avoir mis les pieds, honte de moi-même à une certaine époque. Depuis quelques temps, les sites de réseaux sociaux pullulent de vidéos de rap pourris sur les pages de certaines personnes prétendant appartenir à une intelligentsia médiatique. Chaque fois que je vois un de ces vidéos, je me dis que le message ne va pas passer. Que chaque visionnement sert plus à les convaincre de la pertinence de leur art plutôt que l’inverse.

    Parce que la vraie question demeure: qui sont ces jeunes? D’où sont-ils issus et comment se fait-il qu’ils en soient rendus là? On ramène ça à 50cent et Lil Jon/ Wayne, Soulja Boy… Mais même eux ne sont que les fruits d’une société en mal de paraître. Parce que la plupart ignorent comment « être », ils ignorent qui ils sont, ils ne peuvent que paraître. Être est une chose qui ne se s’enseigne pas, mais qui devrait. La vie devient un immense produit de consommation et je choisi le rôle qui me convient le mieux. Ceux qui pensent échapper à ça me font tout aussi honte que ceux qui font du rap. Ces gens se retrouvent dans toutes les catégories/classes sociales/ formes de musique.. même dans ces médias soi-disant à la mode.

    Seulement, certains sont plus chanceux que d’autres; des parents présents, une meilleure éducation, des amis différents… Mais en bout de ligne on est tous dans le même bateau.

    Les kids qui font du Hip-Hop de merde sont des cibles faciles pour nous, gens tellement plus matures. ils s’habillent comme des clowns et imitent gauchement leurs idoles. De l’idéalisation à l’imitation il n’y a qu’un pas qui est rapidement franchi en l’absence d’une structure. C’est cette structure qui fait défaut à un large pan de la société occidentale, peut-être plus au Québec qu’ailleurs.

    J’en vois à chaque jour de ces jeunes qui s’inventent une vie à travers le Hip-Hop, des jeunes qui, pour la plupart, la vie n’a pas épargné. Des jeunes en quête d’une identité dont ils ont été privés dès la naissance. Des jeunes qui sont incapables d’être eux-mêmes car ça fait trop mal. Parce qu’être eux-même signifie bien souvent être démuni, être la risée des autres, être un peu cave et ne pas valoir grand chose aux yeux de leurs parents. On peut pas avoir honte de ces jeunes là. Faut avoir avoir honte d’entretenir les bases d’une société où être simplement soi-même n’est pas valorisé…

  10. @Khyro, content d’faire ta connaissance, on a déjà échangé quelques fois sur hiphopfranco (Harrico, c’est ça?)

    Même si je ne lançais pas uniquement mon regard sur ces jeunes, t’as raison à 100% là dessus. Mais faut pas oublier non plus que là dedans y’a des gars, un peu plus doués qui se rendent dans le processus de la sortie d’un mixtape/album, vidéoclip, j’veux dire, peu importe c’que t’as vécu dans ta vie, c’est universel, quand tu prépares un projet, tu sais que tu dois bien le faire. Quand t’as accès à Internet, ça prend deux secondes pour vérifier si on écrit « Je suit back » ou « Je suis back ».

    Ces jeunes là sont peut-être plus portés à aller vers la facilité, mais en quelque part je pense que les rappeurs d’influence y sont pour quelque chose, c’est eux qui donnent les permissions, c’est eux qui décident si c’est cool de faire 4 mauvais vidéoclips au lieu d’en faire un seul de bonne qualité. C’est eux qui confirment que c’est correct d’aller spammer ta musique sur la page facebook/myspace de tous tes amis et connaissances à chaque 3 minutes. C’est eux qui décident que c’est cool de parler que de swagg, money, crips/bloods and hoes et rien d’autre. C’est eux qui font les pires fautes partout où ils doivent écrire. Ça laisse comme vibe que ce n’est pas si important d’être professionnel finalement, genre: « Force-toi, mais si tu fais 3 fautes dans le titre de ton vidéoclip tourné sur ta webcam, c’est pas plus grave que ça, SP l’a fait aussi. »

    Probablement que ces jeunes là ne seront jamais le genre de personnes à vouloir s’enrichir naturellement, mais vont toujours aller chercher le minimum du minimum de ce qu’ils croient être la tendance. Je pense que si le mouvement hip-hop avait par exemple un semblant d’allure de twitter, c’est-à-dire, on te condamne si t’écris comme un cave, probablement qu’ils y penseraient un peu avant de confirmer que le titre de leur chanson « Une journer d’éter chill » s’écrit de la bonne manière. Et ça vaut aussi pour les artisans. Dire qu’il y a des gars qui s’enregistrent une compagnie pour faire du SPAM sur les forums et médias sociaux et s’improvisent des promoteurs. D’autres s’enregistrent après avoir fait 2 tutorials de photoshop sur le net. Et le pire, c’est que des rappeurs qui autrefois étaient de véritables vedettes, font affaires avec ce monde là.

    J’pense que c’est l’effort devrait venir des « heads » et influenceurs pour rehausser le standard un peu. Mais ça n’empêcherait pas que, comme tu dis, ces gens là souffrent de se faire demander de ne pas être eux-mêmes, et y’a vraiment un problème à ce niveau.

  11. Le problème c’est que les heads, pour la plupart, sont pas mieux que les kids. C’est vrai que le souci du travail bien fait devrait être une préoccupation universelle. Mais on n’est plus rendu à ce stade là en tant que société non plus. À combien de produit/job de marde doit-on faire face dans notre vie quotidienne en l’espace d’un mois? Beaucoup. Que ce soit le plombier, le dentiste, la télé que tu viens d’acheter…

    C’est normal qu’il y ait de l’art de marde aussi. Le Hip-Hop représente le point culminant de la facilité artistique, tout le monde le sait. T’as pas besoin de beaucoup de matériel, ou d’une grande connaissance musicale pour enregistrer une toune. Naturellement, les résultats ne sont pas toujours convaincant. Dans « être », il y aussi l’esprit critique, chose qu’on se doit absolument d’aider les jeunes à développer. L’accès à l’internet,la facilité à laquelle l’information circule, la quantité d’informations qui circule, la quantité incroyable de musique de marde qu’on retrouve sur le net…C’est pas tout le monde qui est capable de faire la distinction entre la bonne façon de faire et la mauvaise.

    C’est la chute de l’industrie de la musique. Les plus jeunes qui n’ont pas connu ça se rapproprie les restes fumants comme des rapaces et y vont selon leur bon vouloir. Et c’est pas les artistes (pour la plupart de vrai tatas) qui vont montrer le chemin car eux-mêmes se le sont fait montrer et que, surement , le souci du travail bien fait de leur label (ou autre) était plus vu comme une contrainte/frein à leur démarche. Fait sauter la structure et on peut faire ce qu’on veut, à la vitesse qu’on veut. Pis là on parle juste du travail entourant l’art et pas l’art lui-même (tu parlais de Sp?)…

    J’ai trouvé drôle que tu questionnes l’opinion d’un Pellep ou de Jeune Chilly Chill… Le premier a le mérite d’avoir fait de la radio pendant un bout, ce qui vient juste confirmer sa qualité de déchet musical. Des artistes qui changent de chemises en fonction des courants musicaux à la mode devraient nous lever le coeur… En plus c’est l’exemple parfait du type qui aurait du stick à la radio car c’est un piètre rappeur. De surcroit je suis pas mal sur qu’il ignore la signification du terme « douchebag ». JCC c’est un peu différent, voilà un gars qui travaille bien, qui sait s’entourer et fait les choses dans les règles de l’art. Mais entendre JCC rapper, c’est confirmer que t’as pas besoin d’être bon pour le faire. Que n’importe qui peut faire du rap, faut juste adopter le rôle du clown pour que ça passe… Même des gens plus établis ne savent pas être…

    J’ai mentionné qu’une structure faisait défaut au Québec (voir autre commentaire), c’est la même structure qui est mis en cause ici. Absence d’esprit critique, absence d’une instance interne capable d’évaluer si ce que je fais est bon ou mauvais. Interne car il va y avoir de moins en moins de décideurs dans la musique et déjà ils ont moins d’impact qu’ils en avaient avant. Leur décisions ne plaisent plus au grand nombre… Quand je checke les groupes qui sont écoutés sur youtube par les jeunes que je connais à mon travail, je me surprend à n’en avoir jamais entendu parlé et de constater qu’ils ont 200 000 views (paraît qu’on ne peut plus les trafiquer?). Pour ces jeunes, ce sont ces artistes qui devraient être au Francofolies ou sortir un disque à grande échelle. Mais reste que ce n’est pas super bon…

    Nouvelle réalité musicale avec les frasques auxquelles nous assistons. D’ailleurs, Star Status spam déjà un peu moins… Comme quoi l’apprentissage se fait tranquillement.

  12. Je sais de quel genre de personnes tu parles, en dehors du rap, j’ai connu des gars qui se promenaient avec des pagettes et cellulaires désactivés, des fausses montres même pas fonctionnelles, des gars qui installaient eux-mêmes, sur leur vieille « minoune », un kit de jupe confectionné à partir de planches de 2X4. Ces gars là ont toujours eu mal d’être qui ils sont et ont tenté par tous les moyens d’être quelqu’un. Mais justement, le gars avec son semblant de kit de jupe n’a pas inscrit sa minoune dans une exposition de voitures montées, parce qu’on ne lui aurait pas permis et il le sait. Il n’a pas gardé son kit longtemps non plus et c’est la même chose pour ceux qui avaient des cellulaires et montres non-fonctionnels, ils ont vite compris, justement à cause des standards qui leur disaient « Man, arrête de faire ça, t’as l’air cave ». Un jour, ce monde là a commencé à travailler et s’est fixé comme objectif de faire autant sinon plus d’argent que tous ceux qu’il enviait, tous ceux qui se faisaient payer une nouvelle garde-robe complète par maman et papa au secondaire. Maintenant il a son vrai kit de jupe et expose sa nouvelle voiture, fucking en retard sur les gens de son âge, mais who cares, il a compris qu’il y avait un minimum de qualité à respecter et ça, c’est justement parce qu’il y a des gens qui se chargent de maintenir ce minimum à un niveau au moins respectable.

    Mais bon, j’pense qu’on est tous porté à aller vers le plus facile, c’est juste qu’à un moment on s’assied pis on se pose des questions. La plupart de mes amis/connaissances sur mon Facebook, n’ayant aucun lien avec le rap, écrivent comme des attardés et peuvent aussi triper sur les vidéos youtube dont tu parles, avec des 200 000 views, parce qu’ils ne connaissent rien au rap et pour eux, ce n’est pas nécessairement mauvais. Même quand j’avais 16-18 ans, je tripais sur des groupes Ska avec des saxophonistes qui n’arrivent pas dans les temps. Je ne me rendais même pas compte à quel point c’était poche. J’pense pas qu’ce soit exclusif aux personnes à problèmes.

    Ceci dit, ne pense pas que je tente de discréditer ton avis, je suis d’accord avec tout ce que tu as dit. Mais, peu importe où la base du problème se situe, on est tous d’accord pour dire qu’il y en a un. Et je pense que justement, en faisant un billet comme je viens de le faire, j’ai exposé quelque chose que beaucoup pensaient déjà et maintenant peuvent le partager en affirmant être du même avis depuis trop longtemps. L’article n’est pas sans impact, il circule un peu partout depuis 3 jours. Veut veut pas, les plus établis vont peut-être se surveiller un peu plus maintenant qu’ils savent ce que leurs collègues en pensent. J’espère aussi que les gens liront ton point de vue qui est très pertinent et surtout pas à négliger.

    Personnellement, Chilly Chill, même si j’ai toujours trouvé qu’il l’avait eu un peu trop facile, je ne le trouve pas mauvais, mais de toute façon je ne l’ai pas nommé dans le contexte d’une liste des meilleurs rappeurs du Québec, je parlais de ceux qui ont un souci de bien faire les choses ou tout simplement qui savent quand déléguer des tâches qui leur sont moins appropriées. Et pour PelleP, c’est juste parce qu’il faisait partie des anciens du mouvement hip-hop susceptibles à lire ce blogue et j’étais curieux d’entendre ce qu’il avait à dire, point. Ce n’était pas une façon de dire « Regardez comment il est bien plus cool que tous ces rappeurs aujourd’hui, il doit rire de vous », je voulais simplement connaitre son avis.

  13. J’voulais ajouter quelque chose aussi. J’vois que les rappeurs sont de plus en plus sollicités par les « web-hipsters », ironiquement ou non, genre Tério, SB, St-Saoul, Filigrann, etc. C’est cool, mais j’espère juste que ces gars là ne se laisseront pas « hipstériser » de façon à cracher sur leurs semblables. Un peu comme ceux qui crachaient sur leurs collègues après avoir fait un magnifique feu de paille avec une toune sur le CH, ou ceux qui se sont crus des superstars après avoir été invités sur le stage des Francos. Genre, le petit timide qui renie ses amis à partir du moment qu’il commence à se tenir avec les cool de l’école. Je le vois venir de loin.

  14. « Une autre phrase que j’ai souvent entendue dans les intros de rap québécois, c’est: « Au début personne croyait en moi, vous pensiez que j’allais échouer pis regardez maintenant où j’suis rendu! » Man, t’es « fucking » rendu nul part. »

    TURBO-LOLZ!

    Je te la pique pour Claques Sa Gueule part.2

  15. Je suis d’accord avec tout ce qui a été dit, par Murphy, par Khyro, et par les autres. Depuis plusieurs mois, j’ai les mêmes réflexions. Espérons seulement que de jeunes aspirants MCs lisent ceci et se sentent interpellés. Tout ce que je demande, c’est qu’on m’épate par des métaphores inédites, des références obscures, des flows inhabituels, des beats assassins et/ou autres choses auxquelles je ne pense pas parce qu’elles n’existent pas encore. Je suis persuadé que la limite de la créativité en hip-hop est loin d’être atteinte. À vos crayons! À vos machines! J’ai des dollars à dépenser pour des CDs…

  16. Tu vois cela fait depuis 1998 que l’on chante ce problème…T’es ni une star ni une v-e-d-e-t-t-e…..On en a fait des chansons….Moi tu vois, je fais du rap au Québec depuis 1996 Royal Hill, Vice Verset…c’est moi ou plutot nous(Matt Eaton, Don Camilo, Face-T). Je me suis tellement découragé dans le milieu que maintenant je fais du rap, mais pour moi et mes chums seulement…Les rappeurs sont tellement wack au Québec….Cela n’a pas de sens…..Faux rap, fausse vie, faux-né!!!!! Cela fait presque 15 ans que j’ai honte!!!!!

  17. Khyro, j’espère juste que tu n’es pas en train de sous-entendre que je ne sais pas «être», que je ne «suis» pas celui que je semble «être» ou que je m’invente un «être»…

  18. Article et commentaires pertinents.

    C’est bizarre car en lisant l’article je pensais à une épisode de Frank VS Girard dans laquelle Khyro (un des commentateurs de ton article) fait une apparition vraiment comique.

    Girard avait pour défi devenir un rappeur crédible et il se la jouait Gansta Hip Hop avec tous les clichés dans le genre : « Moié j’ai le beat le flow chuis from the street i’m a gansta. Fait du bruit Montréal. Big up to my crew »

    Girard était allez voir Khyro pour lui faire entendre sa musique et il s’était fait remettre à sa place de façon assez éloquente. Khyro lui avait entre autre dit un truc du genre : « On fait du rap tous les deux, c’est quoi l’intérêt d’essayer de venir m’impressionner avec ta musique? Si je travaillais chez Mc Do et toi Chez Burger King est-ce que tu viendrais me voir pour me montrer si tes frites sont meilleurs que les miennes ? … Si tu penses que le hip hop c’est l’ensemble de tous les clichés que tu viens de m’exposer et bien tu es mieux d’oublier ça. La culture hip hop ça doit être un truc plus personnel, une façon de voir la vie un moyen par lequel on forge sa propre identité. » (citation approximative)

    Bref c’était très drôle comme épisode !
    Je profite d’ailleurs de l’occasion pour saluer Khyro !

  19. Pingback: Twitted by murphycooper

  20. @Murph, wow bel article, sérieux, fait réfléchir en criss chu d’accord encore une fois avec une majorité de c’que t’as écris,

    @ Mr Perspicace: on peut voir l’extrait a quelque part?? ça m’intéresse!

  21. Pingback: La revue Rap Quèb 2010 « hiphopfranco.com

  22. depuis combien de temps, au québec, pense-t-on la société en tant que crise de la culture, crise identitaire ?
    la culture rap nous permet chaque jour de revivre cette période qui tarde à s’enfouir sous des montagnes de livres qui ont trouvé réponses à ses questions, questions qui n’ont toujours pas d’impact tangible, probablement vu le manque d’intérêt des québécois, qui ne remarquent pas que cette crise identitaire touche la majeure partie de la population (les rappeurs ne sont donc pas seuls au monde)

    une des principales raisons à cette crise identitaire a été de repenser l’indépendance politique (ce qui aurait pu être possible, il y a plus de 300 ans, lorsque la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre faisaient la guerre, signe d’une certaine autonomie par rapport à leur mère patrie qui elles étaient pour une rare fois en paix), mais la politique n’est pas un thème populaire chez les rappeurs, vu le manque d’ouverture sur autre chose que le RAP qui selon eux veut dire Rythmn And Poetry, définition qu’ils se sont donné par complaisance, mot qui vient plutôt du verbe to rap, qui voulait dire CRITIQUER, ce que Loco Locass avait compris (quels sont les rappeurs à aimer Loco Locass ?) ; tendance idéaliste et je-m’en-foutiste des rappeurs ; auparavant le
    terre-à-terre-isme était en vogue maintenant il zig zague

    si ces jeunes rappeurs cherchaient un peu à apprendre sur leur propre culture, plutôt que de rester au stade de « l’école c’est dull », si seulement ils pouvaient s’intéresser à leur propre culture, je suis convaincu qu’ils se sentiraient plus interpellés par le QUÉBEC que par n’importe quel rappeur des USA. Pensons à l’identité. À la recherche de modèle, de modèle qui interpelle un idéal, un surmoi, que nous nous fixons inconsciemment, peut-être cet idéal est-il la liberté (d’ailleurs, aucune littérature, le rap en est-il ?, peut se faire sous une quelconque autorité)

    nous sommes tous à la recherche de nous-mêmes
    être est une projection de soi à travers soi
    être est une constante construction

    rechercher soi comme on recherche la liberté peut être quelque peu égarant, des bases solides sont de mise, et je mets la faute d’abord sur les parents, ensuite sur l’environnement social, puisque l’environnement social est en majeure partie choisi par l’enfant lui-même, qui doit prendre contrôle de son environnement, le changer (nous devons refuser notre environnement, en le refusant, la liberté et la recherche de soi peuvent cohabiter, deviennent motivations vers l’accomplissement)

    « adulte, la liberté est un sentiment qui s’éprouve à travers l’accomplissement
    croire que la fuite est une solution vers la liberté est un rêve d’enfant
    jamais nous ne serons libres, encore sera-t-il toujours possible d’y croire » (Renaud Lamy-Beaupré)

    une personne qui choisit de se fermer sur ce qui l’entoure, par exemple en n’écoutant que de la musique rap, y trouvant refuge, se referme sur le monde

    cette attitude est probablement motivée par un désir d’autonomie, de liberté, mais ce désir, qui est tout à fait naturel, est à la fois pernicieux ; n’écouter que du rap en 2010, maintenant en 2011, est selon moi (le rap après 1998), foncièrement négatif, et fait en sorte que ces individus pensent trop linéairement et de façon superficielle, si ce n’est pas de façon narcissique (il faut refuser notre environnement, sans quoi il nous manipule, on s’y perd, et on ne sait plus pourquoi on aime telle ou telle chose)

    – désolé pour le retard, je me trouve ravis d’être tombé sur un tel article

    Renaud, alias Indécis

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